Amiante : six chantiers sur dix sans captage à la source, selon le rapport Meta 2026 de l’INRS

L’INRS a mis à jour le 26 octobre 2026 ses données sur l’empoussièrement à l’amiante. Le rapport d’activité Meta 2026 rassemble plus de 529 000 résultats de mesures réalisées sur les chantiers depuis juillet 2012, et il fait ressortir une faiblesse : sur la plupart des opérations, la poussière n’est pas captée à la source. Pour les entreprises qui retirent ou encapsulent des matériaux amiantés, ou qui interviennent sur des matériaux qui en contiennent, ces chiffres donnent une lecture concrète de l’écart entre la règle et la pratique.

Ce que contient la mise à jour de l’INRS #

La page publiée par l’INRS couvre les mesures enregistrées du 1er juillet 2012 au 31 décembre 2025. Depuis 2012, la réglementation impose une méthode de comptage des fibres d’amiante en milieu de travail, appelée Meta, qui repose sur la microscopie électronique à transmission analytique. Les organismes accrédités font remonter leurs résultats dans une base de collecte, Scola, qui n’est pas ouverte au public.

Le rapport Meta 2026 décrit plus de 3 280 processus, c’est-à-dire des combinaisons d’un matériau, d’une technique d’intervention et de moyens de protection. Environ 92 % des mesurages concernent la sous-section 3 (retrait et encapsulage), et environ 8 % la sous-section 4 (interventions de maintenance ou d’entretien sur des matériaux susceptibles de libérer des fibres).

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Le rapport d’activité complet est téléchargeable, avec une annexe au format tableur qui détaille la synthèse processus par processus.

Le captage à la source reste minoritaire #

Le chiffre qui intéresse le plus ceux qui conçoivent ou entretiennent des installations d’aspiration est celui des moyens de réduction de l’empoussièrement. D’après l’INRS, un aspirateur équipé d’un filtre à très haute efficacité (THE) est utilisé dans 34 % des cas, et aucune mesure de captage à la source n’est mise en œuvre dans 61 % des cas. Le travail à l’humide, autre moyen de limiter l’envol des fibres, est absent dans 26 % des cas.

À l’inverse, la protection individuelle est bien présente. Elle est jugée adaptée dans 95 % des cas, et la protection respiratoire n’est absente ou inadaptée que dans 3 % des cas.

Pourquoi ce déséquilibre pose question

Les principes généraux de prévention placent la protection collective avant la protection individuelle. Un masque protège celui qui le porte, à condition qu’il soit bien ajusté et changé à temps. Un captage au plus près de l’outil réduit la quantité de fibres qui se répandent dans la zone, ce qui protège tout le monde, y compris lors du déshabillage ou du nettoyage en fin de poste. Le Code du travail le dit expressément : parmi les principes généraux de prévention de l’article L4121-2, l’employeur doit donner aux mesures de protection collective la priorité sur les mesures de protection individuelle. L’INRS détaille les moyens d’y parvenir dans son dossier sur les poussières.

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Le fait que près de deux chantiers sur trois s’en passent montre que la priorité est souvent donnée au masque, plus simple à déployer qu’un système d’aspiration adapté à chaque geste.

Scol@miante, l’outil pour estimer l’exposition avant le chantier #

La mise à jour concerne aussi Scol@miante, l’application en accès libre de l’INRS. Elle s’appuie sur environ 253 600 résultats exploitables et permet d’estimer a priori le niveau d’empoussièrement d’un processus avant de démarrer le travail. L’estimation affichée correspond au 95e centile de la distribution des mesures : on regarde le haut de la fourchette plutôt que la moyenne. L’application n’affiche un résultat que si au moins 10 mesures existent pour le processus.

Pour un responsable de chantier, l’intérêt est pratique. Il peut comparer, pour un même matériau, l’effet d’une technique avec ou sans aspiration à la source, puis choisir les moyens de protection en conséquence. Les données renseignées dans Scol@miante sont celles du terrain, et non des valeurs théoriques.

Ce que les entreprises peuvent en tirer #

Revoir le choix des outils

Ponceuses, perforateurs, scies, rabots : beaucoup d’outils existent en version à aspiration intégrée ou peuvent être raccordés à un aspirateur THE. Le rapport invite à regarder poste par poste où un capteur au plus près de la pointe de l’outil pourrait remplacer une simple aspiration d’ambiance, voire l’absence de captage.

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Entretenir l’aspirateur comme un équipement de sécurité

Un aspirateur THE ne protège que si son filtre est en bon état, que l’appareil est contrôlé et que la vidange se fait selon une procédure qui évite de remettre les fibres en suspension. Ce contrôle mérite la même rigueur que le suivi des masques et des combinaisons.

Combiner les moyens

Le travail à l’humide et le captage ne s’excluent pas. Les chiffres de l’INRS montrent que l’humidification est plus répandue que l’aspiration à la source, mais qu’elle manque encore dans un quart des cas. Associer les deux, quand le matériau le permet, réduit l’empoussièrement avant même de compter sur les équipements individuels.

Un cadre réglementaire qui ne change pas #

Cette publication n’introduit aucune obligation nouvelle. Elle met des chiffres sur les pratiques réelles des chantiers. Les règles applicables, de l’évaluation des risques au repérage avant travaux, sont présentées sur la page du ministère du Travail consacrée à la prévention des risques liés à l’amiante. Pour les fabricants et installateurs de systèmes d’aspiration, le rapport montre clairement où des progrès restent possibles : c’est sur le captage, bien plus que sur le masque, que se joue la marge de progression.

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